Pas tous égaux face à la démocratie

Aujourd’hui, nous allons voir comment est la vie dans les démocraties.

Pour illustrer nos propos, nous allons imaginer que Gérard habite dans un pays imaginaire. Dans ce pays imaginaire, peuplé par des millions d’habitants, on sait déjà quelle est la meilleure couleur au monde, et la meilleure couleur au monde, c’est le Magenta.

Gérard est certain, après de longs calculs, que la meilleure couleur au monde serait plutôt le Vert, et il compte bien le faire savoir. Heureusement pour lui, Gérard vit dans une belle démocratie, en l’occurrence, c’est le peuple qui gouverne et s’exprime, Gérard va donc en profiter.

Actuellement dans cette démocratie, le Parti au pouvoir est le Parti Magenta qui considère le Magenta comme la meilleure couleur. Évidemment, il est tout à fait autorisé de fonder un nouveau parti dans ce pays, car bien sûr, l’opposition est autorisée. Et heureusement, sinon, ce ne serait plus une démocratie !

Gérard fonde donc le Parti Vert qui a pour but de prouver au monde que le Vert est la meilleure couleur au monde. Voilà, le Parti Vert est créé, il n’y a qu’un seul membre, et c’est Gérard.

Maintenant, il ne lui reste plus qu’à faire connaître son Parti. La chose la plus simple reste de mettre une annonce dans un journal très célèbre, comme ça tout le monde sera au courant de l’existence du Parti. La magie de la liberté d’expression !

– Bonjour, je suis Gérard et je voudrais que vous mettiez une annonce dans votre journal pour faire connaître mon parti.
– Très bien, mais il va falloir payer très cher.
– Ah…

Car en effet, Gérard n’a pas d’argent. Il va donc créer son propre journal et le diffuser lui-même.

– Bonjour, j’ai fait une maquette de journal, je voudrais l’imprimer en plusieurs millions d’exemplaires.
– Très bien, mais il va falloir payer très cher.
– Ah…

Gérard n’a toujours pas d’argent. C’est donc un cercle vicieux et Gérard est dans l’impossibilité d’exprimer son idée.

Il reste l’ultime recours, intégrer les partis politiques existants. Le parti qui semble le plus proche de ses idées, est le Parti Turquoise qu’il va intégrer. Dans ce petit parti, il arrive à débattre avec les gens et à faire exprimer ses idées. Les gens ayant un peu d’empathie pour lui décident de valoriser la couleur Vert dans le programme Turquoise.

Viennent les grandes élections qui vont permettre de choisir quels élus représenteront le peuple de manière démocratique. Gérard a fait un long chemin et il est même candidat dans une circonscription. Face à lui, d’autres candidats plus féroces, notamment les représentants des Partis Magenta qui est au pouvoir et Violet principal opposant.
L’élection se faisant en deux tours, c’est forcément les deux plus grands partis qui arrivent en tête et un des deux gagnera l’élection.
En effet, beaucoup de personnes trouvaient le Turquoise comme une couleur plutôt sympathique, le problème c’est que l’éparpillement des votes aurait risqué l’affaiblissement d’autres Partis, et comme on dit, l’union fait la force. Alors chacun préfère voter pour un des grands partis, notamment pour faire face à l’autre grand parti.
Bref, dans tout le pays, seuls les Partis Magenta et Violet ont réussi à obtenir des élus. Vu que c’est une démocratie représentative, ce sont ces derniers qui élisent le chef de l’état. Majoritairement membres du Parti Magenta ils décident d’élire pour chef de l’état, le Chef du Parti Magenta qui a lui-même réaffirmé, une fois ré-élu, que la meilleure couleur au monde était indéniablement le Magenta, comme on le savait déjà.

Mais bon, Gérard ne veut pas en finir là, il sait désormais, s’il veut faire connaître sa couleur Vert, qu’il va devoir faire carrière en politique, c’est le seul moyen.
Gérard quitte donc le Parti Turquoise pour aller rejoindre le Parti Violet, un des deux seuls partis ayant la capacité d’arriver au pouvoir. En devenant membre de ce parti, il pourra faire connaître ses idées.
Petit bémol, personne n’a envie de ses idées, elles sont jugées comme trop divergentes de l’axe de réflexion du Parti Violet. Gérard va donc revoir ses idéologies et proposer plutôt la couleur Violet Indigo, déjà plus proche du Violet mais tout en étant relativement proche du Vert.
Il ne reste plus qu’à Gérard d’avoir l’approbation de son Parti pour devenir candidat officiel à la primaire. Pour cela, il faut qu’un certain nombre d’élus du Parti Violet lui donne une signature l’autorisant à être candidat. C’est une démocratie, il faut l’approbation du peuple, dans ce cas, représenté par les élus.

Mais du coup, il n’y arrive pas, en effet, aller demander des signatures, se faire connaître, c’est pas facile et Gérard n’a pas les moyens de financer une telle campagne. Il est donc hors-jeu.

Finalement, les candidats aux primaires apparaissent et ils sont au nombre de dix. Ça fait pas mal de monde : ça ne peut qu’être plus démocratique. Parmi les dix, un candidat semble être le plus intéressant pour Gérard, c’est le candidat du Violet clair, on est loin du Vert, mais c’est déjà pas mal, y’a un côté éclaircissant et froid qui lui rappelle sa couleur préférée. Gérard a donc hâte de lui donner son unique voix aux primaires, en tant que membre du parti et espère que le candidat du Violet Foncé ne sera pas élu.

Pendant ce temps, un richissime philanthrope s’intéresse aux élections, il est même devenu membre du Parti Violet pour pouvoir voter. Selon lui, la meilleure couleur est le Violet foncé, mais bon, on est dans un système électoral universel et le richissime philanthrope tout comme Gérard ont chacun une seule et unique voix, contrairement à un système censitaire où les riches auraient des voix plus importantes que les pauvres.

Cependant, le philanthrope, vu qu’il adore faire des dons — on ne l’appelle pas le philanthrope pour rien —, n’hésitera pas à donner quelques millions pour financer la campagne du candidat Violet foncé.

Grâce à sa campagne, le candidat Violet foncé arrive en tête des sondages en peu de temps et il finit par gagner les élections des primaires. Il sera le candidat officiel à la prochaine présidentielle.

Bref, par la suite, les élections présidentielles ont lieu et ce sera le candidat Violet — foncé certes, mais avant-tout violet car le Parti doit se montrer uni — qui gagnera l’élection. Une fois élu, le candidat Violet déclarera que la meilleure couleur au monde, c’est le Violet — surtout quand il est foncé mais pas trop non-plus, car le parti doit se montrer uni et blabla —.

Bref, Gérard regarde le résultat et voit que finalement, la meilleure couleur au monde n’est plus le Magenta mais le Violet, et ce changement, s’il a eu lieu, c’est grâce au fait qu’il vive dans un pays démocratique. Certes, peut-être que le Vert sera pour une autre fois, en attendant, le peuple a choisi et c’est ça, la démocratie.

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