Dialogue avec une vache et une poule

— Hey Hen-Sen ! Si on allait dans une ferme industrielle aujourd’hui ?!
— C’est une super idée Francesco ! On pourra savoir comment elles font pour être aussi productives !
— Mais au fait Hen-Sen ! La productivité… c’est quoi ?!
— La productivité ? C’est le fait de produire de la manière la plus efficace possible et de faire, dès qu’on le peut, d’une pierre deux coups ! *PAN* *Cui-cui-arg* *Cui-cui-arg*
— Super ! On y va !
— Allez Marcel ! On démarre !

— Alors Hen-Sen ! Nous voilà arrivés dans une ferme… in-dus-tri-elle ! Tu connais ça toi Hen-Sen les animaux de la ferme ?
— Bien sûr Francesco que je les connais !
*ZWIUT* la télé s’éteint
— La plus célèbre est la vache *BLANG* avec ses quatre pattes *POP* *POP* *POP* *POP* et son pis… pour faire du lait *ZBLOF*. Une autre bien connue est la poule *BLONG* avec ses deux pattes *POP* *POP* et qui pond des œufs *CROUNCH*… Ho ben non Francesco ! Je vais devoir tout nettoyer !
*ZWIUT* la télé s’allume
— En attendent Hen-Sen, je suis curieux de savoir ce que peut bien nous raconter une vache ! Je vais aller en voir une, dans le lot.

— Meuh ! Meuh ! Je suis une vache, mon nom est Marguerite.
— Marguerite ? Quel nom original, moi je suis Francesco. Savais-tu que tu es destinée à devenir un morceau de steak à l’âge de 4 ou 5 ans ?
— J’ai vraiment hâte !
— Eh oui, tu vas peut-être fêter ton cinquième anniversaire si tu as de la chance. Pourtant, tu as déjà atteint ton âge adulte à un an ma chère Marguerite !
— C’est vrai ça ! Pourquoi me laisser vivre aussi longtemps alors ? Est-ce par compassion pour mon espèce ? Si oui, eh bien, c’est très gentil.
— Ha ha ! Pas du tout Marguerite ! Non, c’est par soucis de pro-du-cti-vi-té. Une vache peut fabriquer du lait et ce lait sera de bonne qualité pendant les 5 premières années de sa vie, ensuite, la vache commencera à perdre en pro-du-cti-vi-té, alors on la met de côté, et on s’assure de la tuer avant que sa chair ne s’effrite.
— Ah, c’est pour ça ! Me voilà rassurée, du coup le reste du temps je vais devoir faire du lait ? Je peux en fabriquer à l’infini ? Dis-moi tout Francesco !
— Mais non ma petite bovine ! Pour fabriquer du lait, une vache doit faire un veau ! Sinon, son corps ne pensera pas à lui en faire fabriquer. Ensuite, si on continue à te traire, tu pourra continuer à faire du lait jusqu’à sept mois.
— Mais alors, pour que je fasse du lait en continu, il faut que je fasse un veau tous les sept mois non ?
— Exactement ! C’est pourquoi on t’enfante le plus souvent possible. Dès qu’un veau naît, tu fabriques du lait et dès que tu en fabriques moins, on te ré-enfante ! N’est-ce point génial ?
— Je trouve ça super ! Mais que deviennent mes chers enfants ? Mes petits veaux à qui j’ai donné la vie avec amour ? Tiens, si j’en ai un, je l’appellerai Francesco en ton honneur <3
— Là encore, nous pensons à tout. Un veau, ça a besoin de lait pour grandir, alors, une infime partie du lait que tu fabriqueras servira à le nourrir. C’est super pratique, car cela nous évite de leur donner à manger des produits agricoles ! Par contre, attention ! On leur donne des pis artificiels, loin de toi, il ne faudrait pas que tu t’y attaches et te détournes de ton ultime tâche : produire du lait.
— En effet, mieux vaut couper les liens le plus tôt. Cependant, les veaux ne consomment du lait que lorsqu’ils sont jeunes, une fois atteint l’âge adulte, ils vont bien commencer à manger de l’herbe ou des trucs du genre ?
— Je peux te l’assurer, ils ne mourront pas de faim. Les veaux deviendront de belles vaches et pourront espérer une belle vie comme la tienne à faire des enfants, faire du lait, faire d’autres enfants… une vie de vache quoi.
— Mais si je ne me trompe pas, la moitié des veaux deviennent des taureaux, non ?
— Un taureau peut produire de la belle viande, c’est vrai, mais il ne produit pas de lait. Ce n’est donc pas assez ren-table. Ce que nous faisons est donc simple : nous tuons les veaux mâles dès qu’ils sont assez matures pour consommer des produits agricoles et nous les vendons sous la terminologie de “veau”. C’est délicieux en daube !
— Donc il n’existe aucun taureau ? Qui va m’enfanter ?
— Les taureaux existent, quelques veaux ont la chance de devenir de beaux taureaux et passent leur vie à être des donneurs de sperme. Des humains s’occuperont de récupérer le sperme et de l’insérer dans plein de petites vaches prêtes à enfanter. Nous veillons bien évidement à ce qu’il n’y ait pas trop de consanguinité !
— Comment donc l’insérer ? En général, c’est le rôle du taureau hi hi hi.
— On aurait dû t’appeler Coquelicot plutôt que Marguerite ha ha ha ! Point besoin de taureaux. Un fermier aguerri s’empare du sperme et l’enfonce bien au fond, tout proche de tes ovaires. Et grâce à la technologie, on peut même te secouer l’arrière train pour que le sperme atteigne bien son but !
— Me voilà rassurée une bonne fois pour toutes ! En tout cas, je dois vous dire merci, sans vous les humains, peut-être que je ne serais jamais née et je n’aurais donc jamais vu à quoi ressemble notre beau monde.

Tout le monde s’éclate, à la queue leu-leu

 

— Maintenant, allons voir nos amis les poules dont le scénario est assez similaire. Je vais aller en prendre une au hasard parmi la foule.
— Cot cot ! Je suis une poule et je m’appelle Colette.
— Salut ma poule ! Ton nom est Colette ? Quel nom original, moi je suis Francesco. Comme tu le sais, tu passes ta vie à pondre des œufs.
— Salut Francesco, serais-tu un coq ? Je n’en rencontre jamais, est-ce normal ? Que vont devenir mes œufs ?
— Tes œufs ne sont pas fécondés, ce sont tes règles, aucun poussin ne sortira jamais de là. Mais tu peux continuer à pondre ton œuf quotidien, il servira à nourrir quelques heureux humains comme moi, car sans vouloir te décevoir, je suis un humain et non un coq.
— Oh ! Je passe mon temps à pondre des œufs non fécondés, mais je vais faire ça combien de temps ? Dis-moi tout Francesco !
Seulement un ou deux ans. À un moment, tu risques de vieillir et de ne plus pouvoir pondre d’œuf.
— Mais je vais m’ennuyer si je ne peux plus pondre.
— Toujours à s’inquiéter, sacrée Colette ! Si tu ne ponds plus d’œuf, tu ne seras plus rentable pour ton propriétaire. Donc il te tuera pour que tu deviennes un poulet. Les humains aiment la bonne chair, il ne faut pas que tu vieillisses trop non plus !
— Mais si on me tue, qui va pondre des œufs à ma place ?
— Ne sois pas si pessimiste, sacrée Colette encore ! Une autre poule te remplacera, nous, les humains faisons toujours en sorte qu’il y ait un cycle. De temps en temps, nous appelons un coq et nous le faisons se reproduire avec une poule chanceuse qui pourra donner la vie. Ou alors, comme pour les vaches, l’insémination artificielle est pratiquée.
— Une congénère va donc pondre des œufs avec des futurs petits poussins dedans ? Quelle chance !
— Eh oui, ça parait presque magique, mais c’est la belle vérité.
— J’aimerais tellement être une belle petite poule qui pond un œuf pour pouvoir le couver.
— Peut-être qu’un jour que tu te reproduiras avec un coq, mais une chose est sûre, tu n’auras pas besoin de couver. Une poule doit continuer à pondre des œufs, si elle se met à couver, elle va arrêter de pondre ! C’est pourquoi tu ponds sur un tapis roulant.
— Mais pauvre malheureux, ça se voit que tu es un humain toi Francesco et que tu n’y connais rien, un œuf doit être couvé sinon le poussin va avoir froid et ne pourra pas sortir de sa coquille ! Je le sais ça, c’est instinctif !
— Nous ne sommes pas si ignorants que ça, nous les humains, ma chère Colette, vos œufs sont placés dans une réserve réchauffée qui permettront aux petits poussins d’éclore le plus tôt possible et en bonne santé !
— Et si les autres poules me volent mon œuf ?!
Ta-pis rou-lant ! Tu ne suis pas ! De plus, nous avons pensé à tout : vous êtes enfermées dans des cages tout juste de votre taille, comme ça, pas de vol ni de chamaillerie. Tu as peut-être remarqué que ton bec est coupé, ainsi que tes ailes, ça aussi c’est un petit cadeau de notre part pour que vous ne vous blessiez pas. Regarde, ça marche bien !

— Vous êtes vraiment forts, vous les humains. Et que deviennent ces poussins ? Il faut qu’ils grandissent…
— Dès leur naissance, les poussins sont séparés en fonction de leur sexe, les filles d’un côté et les garçons de l’autre.
— Vous avez bien raison, à leur âge, il vaut mieux éviter qu’ils soient ensemble, ça ne pourrait que créer des litiges.
— En réalité, nous faisons ça par utilité. Les femelles deviendront de futurs poules qui pondront. Les mâles, eux, ne pondent pas d’œufs, on ne va quand même pas se fatiguer à les faire vivre s’ils ne sont pas productifs.
— Que deviennent les mâles ? De magnifiques coq ? Ça doit être beau à voir…
On les broie et on en fait de la farine animale, des nuggets ou de très bons petits morceaux fris vendus dans des seaux ! Colette, tu as sûrement des frères qui ont connu ce destin insolite. La farine peut servir à nourrir certains animaux comme les cochons, ils aiment beaucoup. Bien sûr, certains poussins mâles deviendront de beaux coqs qui pourront enfanter des poules plus chanceuses que les autres, mais finiront comme les autres : à la broche ha ha. La roue tourne.
— En effet ! La roue tourne ! C’est extraordinaire ! Ça me fait d’ailleurs penser à la fameuse question “Qui est apparu en premier, l’œuf ou la poule ?” Cot ! cot !
— Haha ! Quel humour ma chère Colette !

La direction artistique s’excuse de la qualité sonore.

Coécrit avec Hen-Sen

2 Comments

  1. Epoustouflant

    Super interessant. Celui ou celle qui a ecrit tout cela est au courant de ce qui ce passe est doit forcement être vegeterien!
    Je suis très contente de ce mesage, qui soit bien diffusé!!

    Reply
  2. Mme Epoustouflarienne

    J’ai adoré ton écrit!
    Très enrichissant en plus il est très drôle, j’ai adoré votre humour noir, vous touchez un point difficile mais avec souplesse. Ceci dit je suppose vous êtes végétarien? Moi ça fait 2 ans que j’ai arrêté cette consommation irrationnel et inconsciente pour la viande et je me sens beaucoup mieux!
    Merci

    Reply

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