Expérience nipponne (ni mauvaise)

Il s’attendait à tout et il a tout eu. La modernité, les tremblements de terre — cela il connaissait déjà —, la tradition, les tables basses, le thé au goût de cendrier, les courbettes pour se dire bonjour, au revoir, comment vas-tu et merci, les bonsaïs et les forêts de bambous, les jardiniers sur une échelle avec de simples ciseaux, qui passent la journée à tailler un pin, ne gardant qu’une chandelle par rameau, épluchant les aiguilles à la main, coupant finalement tout ce qui rebique pour l’étager, les salles de pachinko sur huit étages résonnant d’un fracas continuel, comme si chaque machine essayait de crier plus fort que sa voisine, pour que son client l’entende, l’art d’arranger les fleurs, l’art de tenir sa tasse de thé, l’art de s’asseoir comme il faut pour se faire bien mal aux pieds, aux genoux et aux hanches, les revues pleines de nanas en culotte, les mangas avec des yeux tout ronds, les pieuvres, les baleines, les blaireaux et les tanuki assis sur leurs énormes testicules, les gens qui s’endorment en écoutant du nô, les bars fumeurs, les rues non fumeurs, les ouvriers habillés en ninjas, les écolières en uniforme, les salarymen en gris, les bains publics où l’on vient faire sa toilette dans de l’eau chauffée à quarante-cinq degrés, à poil au milieu de tous les gens du quartier, petits corps sans fesses, les rues sans aucun papier gras, pas même un mégot de cigarette, les vendeuses qui rient de bon cœur en vous touchant le bras, comme si elles voulaient coucher avec vous, quand elles ne comprennent pas ce que vous venez de dire en anglais, les drogues de synthèse en vente libre et les petits poissons transparents qu’on déguste vivants. Tous les clichés du Japon sont vrais, même ceux qui se contredisent. Mais il n’y a pas un seul étranger pour les regarder. Il n’y a aucun exotisme.

— Les évaporés – Thomas B. Reverdy —

Nous aurions pu résumer le Japon simplement ainsi, sauf qu’ici, l’exotisme, c’est nous. Notre expérience est toute autre !
 
Après avoir passé une semaine bien au chaud dans une maison d’accueil à Tokyo, nous décidons de prendre nos sac sur nos épaules et de tailler la route, au grès de déambulations diurnes. Quand aux nuits, nous les passerons sous tente. Oui, en ville. L’idée n’est pas nôtre, remercions wikitravel pour ses bons conseils !
 
Nous partons de Shakujiikoen en direction de Kamakura, ville réputée pour sa plage aux multiples surfeurs et son Bouddha gigantesque, sur la route le temple aux milles Maneki-Neko, le chat de la chance.

Celui-là même !

 
Malheureusement, le soleil se couche for tôt et nous devons passer la nuit avant d’atteindre notre destination. Nous entamons la recherche du parc qui annoncera le début d’une longue série de camping urbain. Pour une première, c’est assez intimidant, mais nous débusquons un agréable jardin non loin – entendre à moins de cinq kilomètres – de notre point. L’ambiance est tamisée sur les coup de huit heures, le feu céleste disparaissant à six. Cette initiale soirée nocturne extérieure est accompagnée d’un doux chanteur solitaire sur la table-banc voisine, dont voici l’un des thème.

Un passant offre au musicien une mini-bouteille de café avant de s’en aller. Cela semble normal pour les autres observateurs, sauf nous trois, fidèles occidentaux habitués à l’avarice que nous sommes : “japanese kindness”.
Pour éviter toute gène, nous installons notre bivouac tard, une fois les dernier joggeurs hors de vue, et laissons Morphée nous enlacer une fois dans dans nos sarcophages à ras le sol.

First try, success

La nuit se passe sans encombres : Pas un seul petit morceau. De flics ou autre oiseau. Nous allons crier famine. Au combini pour caféine. Et on s’arrache !
 
Une fois de plus sur le chemin nous nous laissons prendre à un peu de contempleation.

image

Fleuri, zen, délecrable

Les rails nous portent jusqu’à Fujisawa où nous marchons les dix kilomètres restant jusqu’a Kamakura histoire d’économiser le coût du trajet, se faire les giboles et debuter notre trio d’improvisation chant, ukulele, chant. Bien nous en pris car sur la route, où le voile nocturne recouvre déja le paysage, nous rencontrons Junichi dans les montagnes proches de notre destination. Junichi est médecin et fait tout son possible pour que notre nuit à venir se passe au mieux, il nous offre même des bananes : “japanese kindness”.
 
Ainsi nous dormons dans un parc proche de la mer.

À coté d´un gros bloc de béton indéterminé

Et… nous réveillons en plein milieu d’un marché au puce ! Heureusement, la zone que nous avions choisie est assez mal placée pour accueillir un stand, la surprise n’en est pas moindre. “Ohayô” (good morning) par-ci, “Ohayô” par-là, toujours rester poli. Bref on plie la tente au milieu des autres, Kamakura nous voilà !

image

My legs on the beach

image

Belle vue, mauvais temps

Une délectable journée plage plus tard, la question de l’hygiène se pose : comment s’lave-t-on ? (un Russe ?) Il n’y a pas de douche fournie avec la tente. La réponse nous est donnée rapidement, en visitant les toilettes handicapés, disposant d’une douchette… Avec eau chaude s’il vous plaît ! Le japon n’a pas fini de m’étonner par son ergonomie générale.
 
C’est l’heure des visites, nous voila partis en direction de Big Bouddha!

image

Vue de dehors

image

Vue de dedans

Tellement il est grand, on peut même rentrer dedans ! C’est dire s’il est grand !
 
Le soir venu il nous faut trouver un nouvel accueil, c’est ça le camping urbain : éviter le plus possible d’enchainer les nuits au même endroit, pour ne pas déranger le voisinage ; soit, toujours être en quête. J’entraine la Brute et le Bon dans un parc indiqué sur Wikitravel, il est loin mais a l’air parfait. Détail ennuyeux je choisis la mauvaise entrée – par proximité – et nous nous retrouvons en pleine jungle de bambous sur une pente montante à quarante-cinq degrés. Ça ne peux pas être pire pour poser une tente. Tiens v´la la pluie…
La Brute veut retourner à la plage – une heure de marche – le Truand veut continuer de grimper – durée indéterminée -, le Bon tempère – durée illimitée. Il pleut de plus en plus, la tension monte, nous on dessend. Là un cercle plat ! Vite sous nos kawés, nous plantons la tente, nous mettons au sec et, humidement, passons la nuit là.
[Pas de photo pour cause de “autre choses en tête”]

Le lendemain il pleut, toujours, ça ne nous empêche pas de visiter le temple local. Nous glandons ensuite au McDo – pour l’électricité et le WiFi – et retournons dormir proche de la plage, au moins là bas, la douche est chaude.

Aujourd’hui nous changerons de ville le temps est aux plans (de trajets les moins chers). À midi, une mamie surexitée avec son papy superposé nous accoste sur un banc et nous offrent à manger, chacun : “japanese kindnesse” ! Plus tard, sur le même banc, un ancien nous conte brièvement son tour d’Europe passé, ses arts pratiqués et l’adaptation actuelle que connais le Japon pour acceuillir au mieux les etrangers, principalement se mettre à l’anglais.
 
C’est l’heure du grand départ, nous décidons de traverser le Japon : Tokyo -> Kyoto, avec stop à Nagoya.

image

Le train du soir

Pour partir de Tokyo, il faut y retourner et nous en profitons pour voir la tour… de Tokyo.

image

Tour Eiffel en rouge

Nous débusquons un petit parc pour y passer la nuit, on commence à avoir l’habitude !

image

Au pied d’un immeuble

Notre bus de nuit sera… de nuit. Nous vivotons le plus clair de notre journée à une laverie avant de se poser dans un centre commercial, au chaud, jusqu’à 23h. Sur la route, nous croisons un nain géant. Tout le monde à droit à sa photo, c’est cliché.

image

Le Bon ?

image

La Brute ?

image

Le Truand ?

VROUM VROUM le bus arrive en gare, guidé par les “HAY ! HAY ! HAY ! HAY !” du personnel de quai… Il y a des caméras à reconnaissance de mille visages par secondes dans les gares et pas de système de détection d’obstacle sur les bus. Paradoxe quand tu nous tiens.

image

Dans le bus certains dorment, d’autre non

 
Nous voici à Nagoya ! Troisième plus grande ville du Japon, quatrième plus peuplée.
Avec son château !

image

Particulièrement grand !

Où j’abandonne le Bon et le Truand pour arriver le plus tôt possible au musée des sciences.

image

Le plus grand planétarium du monde !

En pleine ville, sur notre droite

image

La grande autoroute aérienne !

Sur notre gauche, sous un pont

image

Le grand lit arboré !

En plein centre-ville

image

La grande rue piétonne !

Pas loin d’un temple

image

Le grand street art !

… Fiou, Nagoya, c’est la ville du Grand, en plus des multiples buildings, les architectes n’ont pas négligé le reste de l’urbanisme ! Nous décidons de prendre le train pour Kyoto le lendemain et logeons pour notre dernière soirée – de la semaine – sous toile, sur le toit d’un immeuble. Nous aussi, on peut voir les choses en grand.

image

Posey !

 
Au revoir Nagoya.

image

La grande statue !

Nous voilà partis pour quatre heures de train. Nous rencontrons encore une fois un ancien – fan d’origami – qui nous apprend quelques pliages, nous offre des bonbons et même des petites figurines porte clef : “japanese kindness” !
Ce n’est pas le premier vieux à nous aborder, ils parlent en général mieux anglais que les jeunes et sont curieux de savoir d’où on vient, pourquoi on est là, tout en étant d’une bienveillance hors du commun. C’est vraiment le monde à l’envers. Vous me direz… on a la tête en bas !

image

Papygami

 
Quelle rude semaine ! Enfin, nous avons réservé une chambre, nous allons avoir droit à un peu de calme… ou pas 😉

image

Bain de culture

Bonjour Kyoto !

3 Comments

  1. Miléna

    Super de vous lire ! Profitez de tous ces sourires et ces mains tendues… Le voyage est beau… ! Pensées sud américaines !

    Reply
  2. Jeanne

    Ok les temples et autres Boudha c’est sympathique, mais le nain géant reste sans aucun doute THE point fort, THE immanquable au Japon. Merci de nous l’avoir montré sous tous ces angles !

    Reply
  3. Chris

    les photos, le texte tout est super ! continuez je me régale, un peu l’impression de voyager par procuration

    Reply

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *