La pas si petite Kyoto

Le problème avec les plans, c’est qu’ils se passent rarement comme prévus. Et ça tombe bien, nous n’en avons pas établi beaucoup depuis le début de ce voyage, des plans, se disant que l’improvisation sur le tas resterait notre meilleur moyen de transport. Pas beaucoup, donc, mais quelques uns quand même, dans les grandes lignes, histoire de ! Comme par exemple : “On va rester deux ou trois mois au Japon, on va se trouver du travail, ça va le faire !”. Bon bah au final, ça ne s’est pas passé exactement comme prévu… 

Les japonais que nous avions rencontré sur la route et à qui nous parlions de notre prochain objectif nous avaient présenté Kyoto comme étant petite et tranquille. Et nous, naïfs que nous sommes, n’avons pas à un seul instant pensé qu’une personne vivant à Tokyo ou Nagoya n’avait peut-être pas la même définition de “petite ville” que nous. 

C’est donc les yeux tout ronds que, à l’approche de la gare de Kyoto, nous observions à travers les vitres du train les building et autres artères bouchées défiler devant nous. Une petite ville, donc, que nous estimions au premier coup d’œil de la taille de Toulouse – et qui est en fait près de 8 fois plus grande après vérification… 

Bon, pas si petite que ça, mais peu importe ! Nous étions arrivés à la capitale culturelle du Japon, Kyoto. Comme, pour changer, nous arrivions de nuit, nous partions directement à la recherche de notre toit, la “Guest house, with local friends”. Un coup de métro, un long débat sur la route à suivre et une dizaine de minutes à pattes plus tard, nous arrivions à la discrète mais confortable maison d’hôtes.

L’occasion de rencontrer Thomas et Clara ! Père et fille allemands en voyage, ils occupent déjà l’endroit à notre arrivée et resteront encore pour deux jours. Comme notre hôte, Mitsu, n’habite pas ici c’est avec eux que nous passons la première soirée à Kyoto à nous raconter nos voyages respectifs. 

Des allemands bien sympas !

Le lendemain, pas l’temps d’niaiser ! Mitsu à organisé une visite de Kyoto pour les occupants de ses diverses maisons d’hôtes et nous a invités à y participer. Sympa !

C’est au milieu d’un troupeau de 11 personnes environ que nous entamions la visite, dirigée par Mitsu ainsi que par Akiko, une japonaise surexcitée à l’idée de pouvoir pratiquer son français avec nous. Et de pouvoir prendre des photos de groupe. Souvent.

Première photo d’une longue série. Du japonais, du malaysien, du français et du belge, une Macédoine au milieu… Et que des gens qu’ils sont bien !

La journée s’est enchaînée à travers Kyoto dans ce groupe où tout le monde s’est très vite bien entendu (sûrement grace à la bonne humeur intarissable d’Akiko), par le temple Kyomisu d’abord, bien sympathique mais à moitié fermé pour travaux et envahie par une mer de japonais. Bon… 

C’est quand même pas mal ! (Cette photo vous dit quelque chose ? Hum moi aussi…)

C’est ici que le groupe, qui va se désagréger au fil de la journée, subit ses premières pertes. Au nombre toujours conséquent de 9, nous continuions par des rues plus calmes et dans un style très traditionnel. L’occasion ici de perdre Mitsu, qui sous prétexte d’aller chercher à manger, s’est en fait enfuit pour aller travailler. Le fourbe.

C’est à 8 que nous finissions la journée, direction un grand défilé pour célébrer l’anniversaire de Kyoto. Car oui, le hasard a fait que nous sommes arrivés à Kyoto la veille de son anniversaire ! Le défilé, donc, composé d’une multitude de groupes en tenue militaire traditionnelle, chacun datant d’une époque différente, qui paradaient par ordre chronologique décroissant. C’était très intéressant, surtout avec Akiko, passionnée par l’histoire japonaise (et il y a de quoi), qui intervenait parfois pour nous raconter telle ou telle anecdote. Bon, le défilé est un peu long…

… Mais on a vu des samouraïs !

Cette étape a conclue la journée… Mais pas la nuit ! Akiko nous a à ce moment proposé de nous rendre à la célébration du feu, qui a elle aussi lieu pour fêter l’anniversaire de la ville. J’accepte rapidement, mais c’est seulement la moitié du groupe qui s’est motivee avec moi : nous perdons ici nos amis malaysiens et… La Brute et le Truand ! 

Je continuais avec Akiko, Hiro et Sophie, direction Kurama, un village voisin, pour la fête du feu ! Première étape obligatoire, le train, avec un avant goût de ce qui nous attend là-bas : la queue. La queue qui serpente devant le quai, traverse toute la station, continue à travers les escaliers du côté opposé, pour enfin longer un parc sur quelques centaines de mètres. Akiko n’en revient pas, elle n’a jamais vu une telle foule, elle qui participe à la cérémonie depuis des années. Mais ce n’est pas ça qui va nous décourager et nous patientons en observant, le regard plein de désespoir, des gens passant devant nous pour rejoindre le bout de la queue. Ha ha, chacun son tour ! 

Une bonne heure de queue (sic) et trente minutes de train plus tard, nous débarquions à Kurama. Et là, on avait beau avoir fait une heure de queue, on ne s’attendait pas à ça… Mais voyez plutôt :

Notez l’agent de police, au fond à gauche (mais siii, là-bas, sur l’échafaudage blanc !), qui tente bravement de donner des ordres à la foule.

Autant vous dire qu’on n’avancait pas très vite ! Mais après s’être marché dessus pendant un moment nous arrivions enfin au lieu des festivités où nous avons pu voir des japonais défiler, certains le cul à l’air, entonant aussi fort qu’ils le peuvent un genre d’incantation (ça donne quelque chose comme “HEY-YOOO, HEY-YAAAAAA!!“) et en soulevant d’énormes torches enflammées. C’était assez impressionnant, et très folklorique ! C’était aussi agréable de voir, malgré la dimension “spectacle” qu’à pris l’événement, que les japonais célèbrent toujours leur cérémonie sans se préoccuper de la masse qui les observe : on peut voir des familles, des amis defiler, les plus forts d’entre eux qui portent les torches et le reste qui suivent ou donnent un coup de main symbolique.

Les porteurs se préparent, en tenue de cérémonie (aération inclue)

Chaud !

Après un tour d’une heure environ, il était finalement temps de rentrer pour conclure cette journée, bien remplie et pleine de belles rencontres.

Enfin presque, car pendant mon bain de foule et de feu, la Brute et le Truand ne sont pas restés inactifs, puisqu’ils ont passé la soirée avec nos nouveaux amis allemands. N’y étant pas, je passe le micro au Truand pour plus de détails. 

Hum, hum… Floooooo, vient raconter ta viiiiie !

Un deux… Un deux… Test… Okay… Hu hum… Test… Yo…

Soirée super sympa avec Thomas (le papa) et Clara (la fille) ou nous échangeons anecdotes sur les japonais. Enbtant qu’européens à l’autre bout du monde nous avons plus de choses en commun qu’avec les locaux. Ce qui est fort amusant car en France on parle de nos différences avec les Allemands quand on les rencontre. Comme quoi tout dépend du contexte !

Thomas il est dans l’informatique, comme nous, alors on papote pas mal sur des sujets que vous ne comprendriez pas et dérivons sur les sciences jusqu’à ce qu’il sorte son T-shirt “When I was a kid Pluto was a planet” après avoir maté une vidéo sur les rayon gamma pour vous donner une idée de l’ambiance ! 

Dans le même temps Clara révisait sont japonais, “pluie” s’écrit (se dessine) avec une fenêtre et de la pluie derrière : 雨. C’est vachement malin !

L’apogée du fun fût toutefois la photo souvenir prise grâce à une application permettant de contrôler l’appareil photo à distance. Tout une histoire pour faire marcher le binzouin, “quand je clique de dos ça marche pas”, Thomas qui tire une gueule pas possible en appuyant sur le bouton, “ha ça s’est déconnecté du boîtier faut tout refaire”, des ratées,  des mal cadrées… Dit comme ça sa paraît pas super marrant mais on s’est bidonné ! 

En suite on a monté les marches des escaliers pour aller dans la chambre et… hey le micro, je voulais encore…

… Merci bien, on va s’arrêter là ! La Brute désire-t-elle ajouter quelque chose ? 

Non. 

… Très bien. C’est donc sur cet élan de littérature que se conclue cette journée ! Après une semaine sous tente et sur pattes, il était temps de profiter un peu des futons de Mitsu… 

Mais pas trop longtemps non plus, le lendemain (après-midi, quand même) commençait notre exploration en solitaires de la ville. Sous les conseils avisés de Mitsu, nous nous dirigions d’abord vers le Fushimi Inara Shrine, le temple aux mille portes. Pour s’y rendre, nous enfourchions les vélos qui étaient là à notre disposition (parfait !), et c’est parti, direction le sud-est de Kyoto ! 

Sur le chemin nous comprenions vite pourquoi notre voisin et son petit chien ont doucement ricané quand nous leur avons dit où nous allions : nous habitions en fait à Yamashina, séparée de Kyoto par une colline de belle taille. On a donc sué un peu plus que prévu, mais peu importe, nous arrivions au temple des milles portes. Ou plutôt des quelques milliers de portes ! 

Ça c’est d’la porte !

Le temple est à flan de la colline citée plus haut, part de son pied et un chemin grimpe jusqu’au sommet, l’ascension fait un petit trek d’un peu plus d’une heure au total. La particularité, c’est que ce chemin est recouvert de portes shinto, d’en bas jusqu’en haut ! Pour les plus espacées d’entre elles, on peut trouver une porte tous les deux ou trois mètres, mais on marche parfois dans un vrai couloir… De portes. 

Bon, nous n’avons pas pu allé jusqu’en haut pour cause d’absence d’organisation et la nuit nous a rattrapé sur le chemin, mais ça valait quand même le détour ! 

Kyoto va bientôt faire dodo…

Nous aussi…

Kyoto est une capitale culturelle, et la culture est loin de se limiter aux temples traditionnels, aussi beaux soient-ils. Le Japon est aussi la mère d’une des branches typiquement japonaise du 9ème art, le manga. Et Kyoto abrite un petit paradis pour les amoureux – comme nous trois – du genre : le musée international du manga. Sur 3 étages, la plupart des murs couverts d’étagères remplies à craquer de bouquins, deux ou trois expos – dont une gigantesque sur l’histoire du manga et le métier de mangaka – et des espaces pour se poser et lire sur des poufs ou sur l’herbe. Bref, on était comme des gosses !  

Wouhou !!

Bon, la plupart des livres présents sont en japonais, mais les expos sont traduites et une partie du musée contient des mangas traduits dans plusieurs langues. Nous avons donc squatté l’endroit pendant plusieurs heures, au milieu de japonais de tout âge qui venaient simplement bouquiner un peu.

Est arrivé par la suite un jour de grosse pluie. Un day off, que nous avons mis à profit pour méditer sur la suite du voyage. Si ça n’apparaît pas dans les articles, le fait est que les deux premières semaines nous avons passé du temps à rechercher du travail. Du travail qui serait non rémunéré, mais en échange duquel on aurait au moins un toit, et dans l’idéal à manger (ça mange pas de pain !). Pour ceux que ça intéresse, les sites Workaway ou encore WOOFing permettent d’entrer en contact avec des hôtes qui proposent ce genre d’accueil. 

En général, ça marche plutôt bien. Mais il faut croire que pour trois gars dont pas un ne parle japonais et qui s’y prennent au dernier moment, ça marche un peu moins bien… Il s’avère que dans ce cas précis, l’improvisation ait une efficacité très limitée ! Toujours est-il que nous n’avons rien trouvé, et que le Japon, c’est cher. Pour que nos porte-monnaie puissent survivre une année entière, nous avons alors décidé de raccourcir notre séjour au pays du manga et des publicités bizarres à un mois, et de trouver une autre destination avant d’atterrir en Australie. Déception, mais tant pis. 

Les débats étaient ouverts ! Nous recherchions quelque chose qui serait entre le Japon et l’Australie… De préférence où la vie n’est pas cher, histoire de marquer le coup entre ces deux pays très onéreux… La Papouasie Nouvelle-Guinée a été évoquée par le Truand mais un peu de recherche nous apprend qu’il n’y fait pas très bon vivre pour les backpackers… Par contre, en plein sur la route il y a l’Indonésie qui répond à tous les critères, c’est vachement bien ! En fait l’idée trainait dans ma tête depuis un moment, j’y ai passé trois mois l’année dernière et j’ai toujours eu envie d’y retourner… Mais ça, c’est une autre histoire. Une fois lancée, l’idée a très rapidement fait l’unanimité : Bali, nous voilà !

Enfin fixés, nous n’avons pas tardé à prendre nos billets, et pas cher en plus, les deux îles ne sont pas si éloignés. Mais assez parlé de nos plans, il nous restait encore des choses à faire avant de quitter le Japon, comme, par exemple, prendre un bain. 

“… Mais qu’est-ce qu’il dit ?”

Oui oui, un bain, mais un bain typiquement japonais ! Ça s’appelle un onsen si l’eau provient directement d’une source naturelle, un sento sinon. Le principe : ce sont des bains publiques (mais pas mixtes, faut pas déconner), constitués d’un espace avec des douchettes pour se laver et de plusieurs bains (très) chauds pour ensuite se détendre, la plupart possèdent même un coin sauna ou hammam. Le tout pour même pas 5 euros, on est loin du prix des spas et autres sources chaudes en France. Une autre particularité… Tout le monde est à poils ! Seul équipement autorisé, une petite serviette pour à la limite se recouvrir les parties, mais pas plus. Ici, pas ou très peu de pudicité entre représentants du même sexe, les japonais viennent se détendre, toutes classes sociales et tout âge confondu, que ce soit après un chantier ou une journée au bureau qui n’en finissait pas. 

Bon, pas de pudicité pour les japonais, peut-être, mais ce n’était au départ pas le cas de la Brute et du Truand qui appréhendaient un peu de se retrouver les boules à l’air, non seulement devant du monde mais aussi entre nous. Pour moi, pas trop de soucis côté pudique ! Au final, comme tout le monde autour de nous faisait cela très naturellement et sans arrière pensée, les appréhensions sont vite passées et tout le monde a pu en profiter. Bon, je dis ça, mais voir un cul de vieux japonais, plat et tripe, passer devant ses yeux, ça restera toujours surprenant… 

Après s’être prélassé tels des larves dans des bains bouillants pendant un bon moment, nous étions relaxés, pleins d’énergie, frais et dispos pour notre prochaine activité : boire des coups ! Direction l’ING Rocking Bar, recommandé par une locale, situé dans un quartier central très animé et cosmopolite. Arrivés à l’endroit, nous sommes perplexes : devant nous, un immeuble. Eh oui, ici au Japon, et parce qu’il n’y aurait pas assez de place pour tout le monde sans ça, les lieux d’activité sont empilés, et on peut trouver tout son bonheur dans un seul bâtiment ! 

Le rocking bar est au 1er étage, au dessus d’un resto et en dessous d’un bowling…

Comme son nom l’indique, le bar passe du bon rock et l’ambiance du bar est old school. Le barman, un type jovial aux longs cheveux gris, toujours content d’accueillir des étranger, a dans sa discographie impressionnante, des artistes de toutes les régions du monde. A peine installés qu’il interrompait la musique en cours pour passer, tout sourire, quelques morceaux de Noir Désir. On rigole un peu ensemble, la soirée est lancée ! 

Moment dégustation… Le vrai saké, c’est pas mauvé !

Du jenga, des bières et de la bonne musique… la bonne soirée !

Pas le temps de finir trop touchés par contre, ici les trains s’arrêtent tôt, l’heure des séparations déchirantes est vite arrivée. 

Scène de séparation déchirante.

Avec tout ça, nous arrivions presque au terme de notre trip à Kyoto. Il nous restait encore à rencontrer trois personnes, deux  européennes et une canadienne, qui allaient partager la maison d’hôtes avec nous pour nos derniers jours. Nous nous entendons bien et décidons de se retrouver en ville pour notre dernière soirée à tous… Ça tombe bien, on connaît un bar ! 

C’est reparti !

Nous avons forcément eu droit à quelques morceaux de rock italiens et canadiens, alors que la soirée suivait son cours dans la bonne humeur. Après de nouvelles séparations déchirantes, nous décidions de continuer la soirée à la maison. C’est au milieu de la nuit, après moult bières, photos, et autres concerts privés de ukulélé/chant plus ou moins approximatifs, que nous réalisions que le lendemain, il faudrait partir, et avec un minimum d’énergie. Au dodo donc, demain, on marche ! 

Dans le prochain épisode…

Source photo du musée du manga : https://theselfishyears.files.wordpress.com/2013/05/manga-04.jpg

3 Comments

  1. Laurent Beurguet

    Quelle chance vous avez
    Profitez et continuez votre road trip

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  2. Dandurand

    C’est tellement bien raconté qu’on vit ces moments avec vous … merci à vous de nous les faire partager
    Anne Marie (une amie d’Odile)

    Reply
  3. Pingback: La marche du backpacker – Hen Sen

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