La marche du backpacker

Un sifflement aigu se fit entendre. Il était fort, strident, venait frapper brutalement les tympans encore endormis. C’était un sifflement annonciateur, qui faisait s’insinuer dans les esprits une réalité cruelle. Nous l’avions realisée avant de se coucher, la veille, et il était trop tard pour y faire quoi que ce soit. 

Une main plongea machinalement vers le téléphone posé à côté du lit dans le but d’arrêter la sonnerie infernale. Après quelques tâtonnements hésitants, l’appareil se tut enfin. J’ouvris difficilement un œil encore englué par l’alcool pour voir la Brute, sur le lit d’à côté, qui n’avait pas remué d’un cil. Normal. Un petit mouvement de la tête et je vit le Truand, debout, pantalon enfilé et ouvrant déjà la porte de la chambre exigüe, avec son habituelle et improbable énergie matinale. Normal aussi. 

Je me levais finalement pour au passage secouer la Brute encore endormie. 

“- Hmm?  demanda-t-il en remuant à peine. 

– Ouais, répondis-je.

– Hmmmm, râla-t-il.

– Ouais…”

Cette brillante conversation terminée et la Brute maintenant réveillée, il était enfin temps de tous se préparer à partir ! 

Ce matin, ensoleillé bien que brumeux dans les esprits, marquait la fin de notre séjour à Kyoto. Notre prochaine destination était Osaka, une ville portuaire, ancienne capitale et seconde plus grande ville du Japon, située à environ 45km de Kyoto. C’était aussi notre dernière destination, étant le point de départ de notre vol pour l’Indonésie, un peu moins d’une semaine plus tard. La fin était proche !  

Les deux villes ne sont certes pas à côté mais suffisamment proches pour que nous ayons le temps d’aller de l’une à l’autre par un moyen de transport bien plus intéressant (et plus économique) que le train : à pattes ! Trois jours de marche selon les prévisions du Truand Futé, le sac à dos sur les épaules et l’horizon comme objectif… 

Bon, la chose maline à faire aurait peut-être été d’éviter la soirée jusqu’au milieu de la nuit la veille de trois jours de marche… Mais l’excitation a bien vite fait disparaître la gueule de bois, nous finissions de plier nos sacs, disions au revoir aux filles, et c’était parti ! 

Jour I – Un nouveau départ

La première étape fut de trouver une petite rivière au milieu de Kyoto qui va vite se jeter dans un fleuve, un peu plus loin. Ce fleuve rejoint Osaka depuis Kyoto et est longé par une piste cyclable que nous allions suivre pour remonter le fleuve jusqu’à son embouchure.  

Les abords de la rivière sont à l’image de la ville : calmes et agréables. Nous arrivions rapidement en vue du fleuve, descendions sur ses abords et nous lancions sur la piste cyclable…

Et nous marchions… 

Sur notre chemin nous croisames toutes sortes de gens : des qui courent, des qui pêchent assis tranquillement sur le bord du fleuve, des qui jouent de la musique… 

Nous sortions petit à petit de Kyoto…

L’humeur était au beau fixe ! Les pas défilaient avec les minutes, puis les heures, entre discussions et notes de ukulélé. Au fur et à mesure, les bâtiments se faisaient plus rares…

Regardez ! Des sacs sur pattes ! 

Le soleil tombait petit à petit sur notre première journée de marche. Petit coucher de soleil pour l’occasion ! 

Nous décidions de nous arrêter un peu après la tombée de la nuit. Par chance nous avons très rapidement trouvé un parc, près de la piste cyclable et parfait pour accueillir notre tente. Nous avions parcouru 15 kilomètres en une demi-journée, bon score ! Et la même chose nous attendait le lendemain donc hop, un petit tour aux jeux d’enfants du parc (bah quoi ?) et au dodo !

Jour II – Les ampoules contre-attaquent

Le soleil s’est levé sur cette deuxième journée et avec lui les premiers visiteurs du parc que nous avions investi. L’heure pour nous aussi de se lever et de plier bagage ! 

Discrétion…

Le temps d’un petit déjeuner et d’un dernier tour sur les balançoires et nous étions répartis. Discutions, dessins, musique dans les oreilles ou sortant du ukulélé, ou simplement profitant du paysage, la marche se poursuivait à l’image de la veille. 

Il reste du chemin !

Vers la mi-journée les ampoules ont commencé à apparaître, ainsi que les courbatures qui vont avec. Les pauses étaient plus que bienvenues : poser son sac, enlever ses chaussures et s’asseoir après quelques étirements, c’était le pied ! Mais elles n’étaient jamais trop longues non plus, nous avions tous envie d’avancer. Alors on refait ses lacet, et on y retourne ! 

Le long du chemin, la piste cyclable s’écarte parfois un peu du lit du fleuve pour passer par des endroits bien sympas. Nous avons traversé une sorte de tunnel sous les arbres, en fin de journée, une ligne droite qui n’en finissait pas et qui donnait l’impression d’être perdus en pleine forêt. La nuit est ainsi tombée, presque sans que nous le remarquions, lorsque nous étions au couvert des arbres. 

Nous avons poussé un peu dans l’obscurité – toute relative aux abord des villes japonaises – et continué notre route jusqu’à une zone où la jungle urbaine reprenait ses prétendus droits, sur la gauche de la piste, et où un gigantesque pont se présentait devant nous. 

Trip du Truand : le pont et les voitures qui le traverse, en longue exposition et avec l’appareil en mouvement. De l’art on vous dit ! 

Les alentours n’offraient pas vraiment de parc où squatter pour la nuit et une bonne pluie commençait à nous tomber dessus, ce pont sera donc notre abri pour la nuit ! Nous prenions le temps d’apprécier de pouvoir monter la tente au sec alors qu’une averse faisait rage (chose extrêmement jouissive) et fermions les rideaux sur cette journée. De nouveau 15 kilomètres parcourus ce jour-ci, nous tenions le rythme ! 

Jour III – Le retour du marcheur 

Pont

Jeu : Voyez-vous quelque chose ici qui ne semble pas être à sa place ?

La pluie s’était retirée pendant la nuit et le temps était au beau fixe ! Nous avions passé la nuit au sec, de quoi repartir dans la bonne humeur : nous nous levions rapidement après notre première nuit sous un pont et reprirent notre route tranquillement, toujours en direction du sud. 
Vers la fin de l’après-midi, juste après avoir dépassé un coude du fleuve, nous arrivions en vue de la banlieu d’Osaka ! 

Pile ou face ?

Après 15 kilomètres de plus ce dernier jour, 45 au total, et deux nuits sous tente, nous arrivions finalement à destination…

Nous quittions finalement la piste cyclable et rentrions progressivement en ville, en direction d’une station de train. Sur la dernière (mais longue), ligne droite, nous nous sommes fait prendre en stop sans avoir à lever le petit doigt – ni le pouce – par un canadien fort sympathique. Jean-Patrick (aucun souvenir de son nom, alors ça sera Jean-Patrick) nous a proposé de nous amener à  la station la plus proche en nous voyant passer, et nous a fait embarquer à l’arrière de son pick-up. Sacré JP ! Il a d’ailleurs eu du mal à nous croire lorsque nous lui disions venir tout droit de Kyoto sur nos petits pied.

Une fois en ville, nous avons dit au revoir à JP et notre premier réflexe ensuite fut de partir en quête d’un onsen (mais si, les bains publics, on en parlait ici), histoire de se décrasser un peu et de se relaxer les doigts de pied. Après avoir tenté deux onsen fermés, le troisième essai fut le bon, à la douche ! Nous sommes restés un bon moment à mariner dans les bains chauds qui ont eu un effet presque magique, c’est avec des jambes toutes neuves que nous en ressortions. 

Un regain d’énergie suffisant pour la dernière étape de la journée : aller boire un coup avec les filles de l’airbnb de Kyoto, qui passaient leur dernière nuit à Osaka ! Enfin essayer, car toutes nos déambulations nous ont fait arriver trop tard et elles étaient déjà parties lorsque nous sommes arrivés… Tant pis, nous boieront une pinte sans elles ! 

Lorsque les employés du bar nous ont finalement mis dehors nous avons entamé une laborieuse recherche d’endroit où dormir, alors que la fatigue commençait à bien se faire ressentir. Entre les parcs fermés (mais quelle idée…) et les toits d’immeubles inaccessibles, nous avons marché… un moment… avant de finalement trouver un parc où nous pouvions déplier la tente. Pas un parc idéal, bien trop exposé, mais tant pis, les trois zombies que nous étions en avaient assez… Demain, pas de réveil. 

Jours IV, V & VI – La dernière trilogie

Et ça n’a pas manqué ! Le lendemain, nous avons été réveillés par deux policiers qui toquaient activement à la porte de notre tente, en nous parlant en japonais. Rien de grave hein, l’échange donnait à peu près ça (en anglais bien sûr) :

“- *japonais incompréhensible*

– … Quoi ? 

– Ho ! Êtes-vous des backpackers ? 

– Euh… Oui. 

– Ha bon, désolé !”

Et ils sont partis. Comme ça. Eh oui, l’hospitalisaté japonaise envers les étrangers est assez incroyable ! Nous avons lu plus tard que si un SDF du coin s’était trouvé à notre place, ils l’auraient viré… dans le meilleur des cas…  

Toujours est-il que nous n’avons pas tardé à sortir et commencé à plier la tente. L’occasion de bavarder avec un papi très amical, très bavard, mais aussi très incompréhensible, qui faisait ses étirements du matin à littéralement deux pas de notre tente. Bonjour voisin ! Nous nous mettions finalement en route, pas totalement sûr d’avoir réussi à communiquer et encore surpris par ce réveil peu banal… 

A cet instant, notre avion était prévu 2 jours plus tard. L’idée était de partir le lendemain pour l’aéroport et y passer la dernière nuit. Cette journée-ci, nous l’avons passé à déambuler dans Osaka, ici et là, une fois visitant le centre ville, ou recherchant de quoi recharger nos batteries… 

Le Truand nous sort par le nez !

Nous avons bien pris le temps cette fois-ci de chercher un parc qu’il est bien pour dormir, et il l’était ! Peu fréquenté et avec quelques coins peu exposés, la légende raconte qu’un jour les policiers eux-mêmes auraient conseillé ce parc à des backpackers dans le besoin… C’était parti pour notre dernière nuit sous tente au Japon ! 

Euh vous oubliez un truc les gars, non ?

Nous avons été réveillés en douceur ce matin-là par le hurlement des souffleuses alors que les employés déblayaient les feuillent mortes autour de notre tente. Nous nous sommes empressés de nous lever en apercevant leur regard menaçant, histoire de ne pas les géner dans leur travail, mais ils avaient disparu au moment où nous sortions de la tente… bon, tant pis.

Une fois prêts, nous nous sommes doucement dirigés vers une station de train, s’arrêtant sur le chemin pour se poser dans un parc, passer par un dernier onsen… Pour finalement dire au revoir aux rues japonaises et à leurs habitants, direction l’aéroport ! 

Nous y avons passé la dernière nuit, patientant jusqu’à l’heure du vol prévu à 11h le jour suivant. L’enregistrement se terminait à 10h et, comme nous aimons faire les choses au dernier moment, nous nous sommes pointés au guichet à 9h43. Pour nous tout allait bien, nous avions nos billets réservés et absolument aucune raison de nous inquiéter…  

“- Bonjour, vous ne pouvez pas embarquer sans billet pour quitter l’Indonésie.”

Ha.

Devant nos protestations (nous nous étions renseigné, le site de l’immigration n’en parle pas), le guichetier nous montre ses documents… d’une compagnie aérienne… sur son écran et nous comprenons vite que nous ne pourrons rien y faire. 

Ok, donc nous avons moins de 17 minutes pour trouver et réserver un billet, sans quoi notre billet aller sera perdu. 

Ha !! 

Nous prenons à peine le temps de nous concerter pour tomber d’accord, le billet sera à destination d’Adélaïde, en Australie, que nous voulions rejoindre après le Japon. La Brute et moi fonçons au guichet d’à côté, voir ce que la compagnie propose, pendant que le Truand dégaine son téléphone et va chercher sur Internet. Ha ! On capte mal ici, nous le voyons partir en courant chercher du réseau en nous criant : “Et surtout ne réservez rien, attendez que je revienne, qu’on comp… ”  

Plus que 11 minutes

Ok ça capte ! Vite www.kiwi.com (un très bon comparateur au passage) départ Denpasar, arrivé Adélaïde. Même à l’aéroport ils ne conaissent pas l’ADSL !!!

Plus que 9 minutes 

Pendant ce temps, la guichetière recherche, recherche, et nous annonce que leur compagnie ne dessert pas Adélaïde, puis commence à nous proposer d’autres destinations… 

Plus que 8 minutes 

Vite, saisir les informations de recherche, trois passager, trier par prix, aux environs de début décembre… ÇA CHARGE PAS VITE !!!

Yes ! Un vol à 160€ c’est correct. Demi-tour trois temps, deux en moins !

Plus que 7 minutes

… les gars j’ai trouvé un truc pas cher là !” Nous sort le Truand dans un dérapage pour s’arrêter.  

C’est dans presque un mois – durée du visa gratuit en Indonésie -, direct vers Adélaïde, parfait. Je repars avec lui – je suis en charge des sous – en courant vers un endroit avec plus de réseau pour réserver. 

Plus que 6 minutes

Entrer les informations passagers… Un, Bon… Deux, Brute… Trois, Truand…

 – Ton numéro de carte ?!

– Blah blah blah blah péremption blah blah cryptogramme blah.

“Votre réservation est bien enregistrée, vous allez recevoir un mail de confirmation.”

Plus que 5 minutes

Ok, reservation effectuée !

… c’est bon Thomas c’est réservé, on y va !” fut probablement ce qu’a pu distinguer la Brute de nos cris alors que nous nous précipitions vers lui. Il ne nous manque plus que la preuve de notre départ… 

Mail reçu !

Plus que 4 minutes

Nous ramassons nos sacs jetés à l’arrache et retournons vers le dernier guichet encore ouvert :

“- Have you got…

 – YES WE HAV… Hum of course, we have ha-ha, such a question !”

Plus que 3 minutes

Nous lui montrons le mail de confirmation de la réservation. Ce n’est pas très officiel, mais… ça passe ! Les bagages sont avalés… Nous sommes enregistrés.

Bon ! Nous prenons le temps de respirer un coup, avant de nous diriger vers l’embarquement et de commencer à rire de cette montée d’adrénaline innatendue. Le guichet derrière nous ferme ses portes. Ouf !

C’est parti pour quelque chose comme 24h de trajet, au revoir le Japon, bonjour l’Indonésie, le voyage continue !  

A votre avis, ça va être comment Bali ? Hum…

Embarquement sous adrénaline co-écrit avec le Truand.

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